Bleu, Blanc, Rouge, Marseille : écrire la fête nationale à l’échelle d’une ville
Le 14 juillet possède ses propres codes. Le bleu, le blanc, le rouge. La célébration collective. Le rendez-vous populaire. Et, dans beaucoup de villes françaises, ce moment très particulier où des milliers de personnes lèvent simultanément les yeux vers le ciel.
À Marseille, ces codes rencontrent un paysage qui ne ressemble à aucun autre.
Le Vieux-Port forme un amphithéâtre naturel. La ville se déploie autour de l’eau, les quais offrent des points de vue multiples, les façades prennent la lumière et la citadelle vient structurer une partie du panorama. Dans un tel environnement, concevoir un spectacle ne consiste pas seulement à imaginer ce qui va apparaître dans le ciel. Il faut comprendre comment le feu va dialoguer avec toute une ville.
Pour l’édition 2025 de la Fête nationale, ARTEVENTIA imagine « Bleu, Blanc, Rouge, Marseille », une création conçue en collaboration avec Panzera.
« Marseille possède déjà une force visuelle extraordinaire. Le Vieux-Port, la citadelle, la profondeur du bassin, la manière dont le public se répartit autour du site… tout cela influence l’écriture », explique Édouard Grégoire, directeur artistique d’ARTEVENTIA. « On ne peut pas penser le spectacle indépendamment du paysage. »
Reprendre les couleurs de la République sans tomber dans l’évidence
Le thème du 14 juillet pourrait sembler simple.
Trois couleurs.
Un imaginaire collectif immédiatement identifiable.
Mais cette simplicité constitue justement l’une des difficultés du projet. Comment travailler le bleu, le blanc et le rouge sans réduire le spectacle à une succession de tableaux attendus ? Comment conserver les symboles de la fête nationale tout en proposant une écriture contemporaine ?
La création cherche donc davantage à jouer avec ces couleurs qu’à les illustrer littéralement. Elles apparaissent, disparaissent, se mêlent à d’autres palettes puis reviennent au fil du spectacle, comme un fil conducteur capable de rappeler la dimension nationale de l’événement sans enfermer toute la composition.
« Lorsqu’un thème est connu de tout le monde, il faut trouver le bon équilibre entre ce que le public attend et ce qu’on peut lui faire découvrir. Si l’on reste trop littéral, on devient prévisible. Si l’on s’en éloigne trop, on perd le sens de la célébration. »
La musique joue alors un rôle essentiel. Elle donne le rythme, permet de passer d’une atmosphère à l’autre et évite que le spectacle ne se transforme en simple démonstration de couleurs.
Le Vieux-Port comme scénographie
À Marseille, la notion de façade pyrotechnique prend une dimension particulière.
Le public n’est pas installé face à une scène unique. Il se répartit autour du port, sur plusieurs niveaux et selon des angles différents. La composition doit donc être suffisamment ample pour être lisible depuis de nombreux points de vue, tout en conservant une direction et une cohérence.
Certains effets travaillent la verticalité et viennent structurer le ciel au-dessus du bassin. D’autres exploitent davantage la largeur pour relier plusieurs zones du paysage. Les ouvertures, les hauteurs et les rythmes sont pensés en relation avec les lignes du port et les silhouettes architecturales qui entourent le site.
« Le Vieux-Port oblige à penser en panoramique. On ne peut pas simplement concentrer toute l’écriture sur un point central. Il faut faire circuler le regard et accepter que chaque spectateur vive une image légèrement différente selon l’endroit où il se trouve. »
C’est précisément ce qui fait du paysage marseillais une matière de création.
La ville n’est pas décorée par le spectacle.
Elle participe au spectacle.
Une écriture conçue avec Panzera
Pour cette création, ARTEVENTIA travaille avec Panzera, dont les produits européens sont intégrés à l’écriture du show pour leur qualité de couleur, leur précision et la finesse de certains effets. La page actuelle souligne déjà cette collaboration ainsi que l’attention portée au choix des produits.
Mais au-delà de la fourniture pyrotechnique, ce partenariat permet surtout de travailler avec une palette suffisamment large pour construire des nuances, des contrastes et des évolutions cohérentes sur toute la durée du spectacle.
« Ce qui nous intéresse dans un produit, ce n’est jamais uniquement sa puissance. C’est sa couleur, sa durée, son ouverture, sa texture, sa manière de se combiner avec celui qui précède ou celui qui arrive ensuite. Chaque effet fait partie d’une phrase plus large. »
Cette logique rejoint la manière dont ARTEVENTIA aborde aujourd’hui ses créations : la technique doit se fondre dans une écriture générale et ne jamais devenir une finalité en elle-même.
Plus de 100 000 regards tournés vers le ciel
Le 14 juillet 2025, plus de 100 000 spectateurs se réunissent autour du Vieux-Port pour découvrir la création.
À cette échelle, le spectacle n’est plus seulement un rendez-vous artistique. Il devient un moment de ville.
Des familles, des touristes, des habitués, des habitants venus de différents quartiers partagent pendant quelques minutes la même image. Certains sont installés au plus près de l’eau, d’autres observent depuis des points plus éloignés. Tous regardent pourtant la même composition prendre possession du ciel marseillais.
C’est peut-être là que la fête nationale prend tout son sens : dans cette capacité à réunir des publics très différents autour d’un instant commun.
« Les grands spectacles populaires ont quelque chose de particulier. Pendant quelques minutes, des dizaines de milliers de personnes vivent exactement le même moment. La technologie, la programmation, les produits, tout ce travail disparaît. Il ne reste plus que cette émotion collective. »
Avec « Bleu, Blanc, Rouge, Marseille », ARTEVENTIA ne cherche donc pas simplement à revisiter les codes du 14 juillet.
La création les replace dans un paysage, une ville et une identité.
Le bleu, le blanc et le rouge rencontrent alors d’autres couleurs.
Le feu rencontre l’eau.
Et pendant quelques minutes, le Vieux-Port devient l’une des plus grandes scènes de Marseille.