Les Masters de Feu 2026 : quand le ciel devient une scène

Dix ans après leur création, Les Masters de Feu s’apprêtent à franchir une nouvelle étape.

Le samedi 19 septembre, l’Hippodrome de Compiègne accueillera la dixième édition du rendez-vous. Trois équipes internationales viendront défendre leur vision du spectacle pyrotechnique. Mais lorsque la compétition aura rendu son verdict, le ciel ne s’éteindra pas tout de suite.

Pour célébrer cet anniversaire, ARTEVENTIA a imaginé un spectacle de clôture réunissant pyrotechnie, lumière et 800 drones.

Un final pensé non comme une démonstration technologique, mais comme une création à part entière.

« Pour les dix ans, nous voulions évidemment proposer quelque chose que le public n’avait encore jamais vu aux Masters de Feu. Mais le nombre de drones n’était pas le point de départ. La première question était : qu’est-ce que nous avons envie de raconter pour terminer cette édition ? », explique Édouard Grégoire, créateur des Masters de Feu et directeur artistique d’ARTEVENTIA.

800 drones, mais une seule écriture

Dans le spectacle contemporain, les chiffres ont quelque chose de fascinant.

100 drones. 500 drones. 1 000 drones.

La course à la quantité peut rapidement devenir un argument à elle seule. Pour ARTEVENTIA, elle ne constitue pourtant qu’un moyen.

Avec 800 drones dans le ciel de Compiègne, l’enjeu est moins de remplir l’espace que de travailler différemment son volume, sa profondeur et son mouvement.

À quelques centaines de mètres du public, ces points lumineux ne seront pas conçus comme une séquence indépendante venant s’intercaler entre deux tableaux. Ils feront partie de la même partition que les autres disciplines du spectacle.

« Ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce n’est pas de dire : voici la partie drones, puis voici la partie pyrotechnie. À partir du moment où l’on commence à penser comme ça, on perd l’idée du spectacle. Les technologies doivent se répondre, parfois se compléter, parfois s’effacer les unes devant les autres. »

C’est précisément dans cette frontière que s’inscrit une part croissante du travail du Bureau des Créations ARTEVENTIA. Faire du ciel un véritable espace scénique.

Le ciel n’est plus seulement une surface

La pyrotechnie a longtemps dessiné le ciel par l’explosion, la couleur, la hauteur et le rythme. Les technologies de drones ont ajouté une nouvelle possibilité : le mouvement contrôlé dans l’espace et dans la durée. Un élément peut apparaître, se transformer, se déplacer, se fragmenter. Une forme peut exister plusieurs secondes avant de disparaître. Le regard peut être guidé d’un point à un autre.

Les deux écritures n’obéissent pas aux mêmes règles. Et c’est justement leur rencontre qui ouvre de nouvelles possibilités. La pyrotechnie reste spontanée, organique, presque impossible à figer. Le drone est précis, géométrique, programmable. L’une travaille l’explosion d’un instant. L’autre peut installer une image dans le temps.

Entre les deux, la lumière vient construire les transitions, prolonger certains mouvements et relier le ciel à l’espace du spectacle.

« Ce sont des langages très différents. Toute la difficulté consiste à ne pas vouloir les faire fonctionner de la même manière. Un drone ne remplacera jamais un effet pyrotechnique, et l’inverse est tout aussi vrai. La création devient intéressante lorsqu’on utilise chacun pour ce qu’il sait apporter de particulier. »

ARTEVENTIA Feu d'ouverture Masters de Feu Frédéric LEPLA
ARTEVENTIA Feu d’ouverture Masters de Feu Frédéric LEPLA

Dix ans d’évolution du spectacle

Lorsque Les Masters de Feu sont créés en 2016, leur principe repose déjà sur la confrontation des écritures. Des équipes venues de différents pays disposent d’un même espace, d’une durée comparable et d’un cadre commun. Pourtant, chacune construit un spectacle radicalement différent.

Dix ans plus tard, cette philosophie demeure, mais les possibilités de création se sont considérablement élargies. Les drones ont investi le ciel. Les systèmes de lumière sont devenus toujours plus précis. La programmation permet une synchronisation de plus en plus fine. Les outils de visualisation offrent aux créateurs de nouvelles manières d’anticiper l’espace. Pour autant, la technologie n’a pas simplifié la création, elle a multiplié les choix.

« Aujourd’hui, nous pouvons faire énormément de choses. C’est justement pour cette raison qu’il faut savoir se retenir. L’enjeu d’un directeur artistique n’est pas de mettre toutes les technologies disponibles dans un spectacle. C’est de choisir celles dont le spectacle a réellement besoin. »

Une idée qui dépasse largement le cadre des Masters de Feu.

Du concours au laboratoire de création

Depuis leur première édition, Les Masters ont aussi constitué un terrain d’observation privilégié de l’évolution de la création pyrotechnique internationale. Chaque équipe arrive avec une culture, une sensibilité et une manière différente d’interpréter la musique et l’espace.

Pour cette édition anniversaire, le Portugal, la Pologne et les Pays-Bas viendront à leur tour confronter leurs écritures.

Puis viendra le spectacle de clôture.

Avec ses 800 drones et son dispositif mêlant plusieurs disciplines, il prolongera d’une certaine manière le principe même de la compétition : montrer qu’un même ciel peut toujours être raconté autrement.

L’innovation n’a de sens que lorsqu’elle provoque une émotion

Les technologies employées dans les spectacles évoluent vite, très vite ! Et le risque serait de transformer progressivement le spectacle vivant en catalogue de performances techniques. Pour Édouard Grégoire, la frontière est assez simple :

« Le public n’a pas besoin de connaître la technologie qui se trouve derrière ce qu’il regarde. Il doit simplement ressentir quelque chose. Si, à la fin, il ne retient qu’un nombre de drones ou une référence technique, alors il manque probablement une partie de l’histoire. »

Le paradoxe du spectacle de clôture des dix ans des Masters de Feu tient peut-être là.

800 drones seront dans le ciel de Compiègne, c’est évidemment spectaculaire. Mais l’objectif sera précisément qu’à un moment donné, le public cesse de les compter, et regarde simplement le spectacle.

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