Nicolas Guilitte, photographier le feu comme une mémoire vivante
Certains découvrent les feux d’artifice.
D’autres ne cessent jamais de les suivre.
Depuis plus de vingt ans, Nicolas Guilitte parcourt les spectacles pyrotechniques en Europe avec une passion intacte. Basé en Belgique, il développe au fil des années un regard exigeant, nourri d’expérience, de musique et d’un attachement profond à la mémoire des spectacles.
Car pour lui, photographier un feu d’artifice, ce n’est pas seulement capturer une explosion dans le ciel.
C’est raconter un moment, un lieu, une émotion.

Une passion née du spectacle
La rencontre avec la pyrotechnie remonte à l’adolescence.
Avant la photographie, il y a la musique. Et plus précisément les concerts de Jean-Michel Jarre, dont il visionne les enregistrements à répétition.
« Je pense que tout est venu de là. »
Très tôt, Nicolas ressent le besoin de garder une trace des moments qu’il vit.
D’abord avec des appareils compacts, puis avec une caméra à partir de 2008, avec laquelle il filme les spectacles auxquels il assiste.
Ses premières photos de feu d’artifice remontent à cette même période, aux Nuits de Feu de Chantilly.
« Je faisais les photos à main levée… on peut dire que ça ne ressemblait à rien ! »
Mais l’essentiel est déjà là : l’envie d’observer, de comprendre, de garder.

Le déclic de la photographie
Pendant plusieurs années, Nicolas privilégie la vidéo.
La photographie en pose longue ne lui paraît pas fidèle à la réalité du spectacle.
« Je pensais que c’était tricher, que ce n’était pas ce qu’on voit en tant que spectateur. »
Puis vient un déclic, au début des années 2010.
En découvrant le travail d’autres photographes, il comprend que la photographie pyrotechnique est une écriture à part entière.
En 2013, il achète son premier reflex.
La passion prend alors une nouvelle dimension, renforcée avec le temps par l’expérience, l’évolution du matériel et la découverte des outils de retouche.
Du feu au lieu
Avec les années, son regard évolue.
Là où il cherchait au départ à capturer le feu dans toute sa richesse graphique, il s’intéresse désormais davantage à la relation entre la pyrotechnie et son environnement.
« Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est la mise en valeur d’un lieu au moyen du feu. »
Architecture, relief, reflets…
le décor devient essentiel.
« Un feu tiré sur un terrain de foot m’intéresse beaucoup moins. Ce qui compte, c’est ce que le feu apporte au lieu. »

Une exigence de composition
Pour Nicolas, une photo réussie repose sur un équilibre précis :
-
un lieu identifiable
-
une composition lisible
-
une gestion juste de la lumière
-
une cohérence graphique
Il accorde également une attention particulière au rendu final, notamment en post-production.
« J’essaie d’enlever tout ce que je considère comme des parasites : des petites traînées, des points résiduels… »
Un travail minutieux, presque invisible, mais essentiel à la qualité de l’image.
Préparer sans figer
La préparation fait partie intégrante de son approche.
Avant un spectacle, Nicolas peut passer de longues heures à explorer les lieux sur Google Street View.
« J’adore faire ça. Je repère les points de vue, les distances, les obstacles… »
Une fois sur place, il arrive souvent en avance pour valider ses choix et trouver le bon angle.
Mais malgré cette préparation, il refuse de figer son approche.
« Je préfère largement y aller au feeling plutôt que d’essayer de mémoriser tout le déroulé du feu. »
L’instinct reste une composante essentielle.

Des spectacles qui marquent
Au fil des années, certains spectacles ont profondément marqué Nicolas, non pas en tant que photographe, mais en tant que spectateur.
La Fête du lac d’Annecy, découverte en 2003, reste un souvenir fondateur.
« C’est le premier très grand feu auquel j’ai assisté. J’en suis tombé amoureux. »
Il évoque aussi le Grand Feu de Saint-Cloud, pour son ambiance unique et sa richesse visuelle.
« Ce n’était pas le plus technique, mais il y avait quelque chose de vraiment particulier. »
Et enfin, un souvenir plus personnel : un feu d’artifice conçu pour un concert de son propre groupe à Namur.
« J’étais derrière ma batterie, je ne voyais rien… mais j’entendais tout. »
Un moment intense, vécu autrement.
Technique et exigence
Si le regard et l’expérience sont essentiels, Nicolas souligne aussi l’importance du matériel.
« Le photographe compte beaucoup, mais le matériel fait une vraie différence. »
Le passage à un équipement plus professionnel a marqué une évolution significative dans la qualité de ses images.
La retouche joue également un rôle important, permettant parfois de révéler une image que l’on pensait ratée.

Photographier dans sa bulle
Pendant le spectacle, Nicolas se concentre entièrement sur sa prise de vue.
« Je suis dans ma bulle. »
Mais il reste attentif à l’environnement, notamment aux réactions du public.
Il garde un souvenir marquant du public québécois à Montréal :
« Un public très enthousiaste, mais aussi connaisseur. »
Une mémoire du spectacle
Pour Nicolas, la photographie est avant tout une manière de conserver une trace.
« Ça permet de garder un souvenir, surtout pour des spectacles qui ne se reproduiront peut-être jamais. »
Ses images deviennent ainsi une mémoire visuelle, qu’il lui arrive lui-même de revisite

Une pratique en mutation
Avec lucidité, il observe les évolutions du secteur.
Moins de spectacles, plus de contraintes… et l’apparition de nouvelles formes comme les drones.
« Il faut arrêter de dire que ce sont les feux d’artifice du futur, ça n’a rien à voir. »
Mais ces technologies offrent néanmoins de nouvelles possibilités visuelles, y compris pour la photographie.
Un regard tourné vers le Japon
S’il devait choisir un lieu à photographier, Nicolas ne hésite pas.
« Le Japon, et ses hanabis. On ne verra jamais ça chez nous. »
Un rêve de photographe, mais aussi de passionné.
En une phrase
« Capturer une création artistique qui sublime un lieu à travers des fresques graphiques dessinées dans le ciel. »
Profil
Nicolas Guilitte
Photographe de spectacles pyrotechniques basé en Belgique
Passionné de musique et de pyrotechnie, il développe depuis plus de dix ans un regard attentif à la mise en valeur des lieux et à la mémoire visuelle des spectacles.
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