Fusion : quand l’Atomium devient une scène
Il y a des lieux qui imposent immédiatement une manière de créer. L’Atomium en fait partie.
Sa silhouette est connue avant même d’être vue. Ses neuf sphères, ses tubes métalliques, ses reflets et sa géométrie donnent au monument une présence presque futuriste, comme si l’architecture possédait déjà son propre langage visuel.
Le 31 décembre 2025, c’est précisément cette singularité qu’ARTEVENTIA choisit de prendre comme point de départ pour imaginer « Fusion », une création conçue spécialement pour le réveillon bruxellois.
La soirée débute à 21 heures autour d’un DJ set de Brieuc, avant que le spectacle ne prenne progressivement possession du site. À partir de 23 h 40, lasers, effets de flammes et pyrotechnie installée au sol comme en hauteur entrent en scène. À l’approche de minuit, un mapping laser 3D vient redessiner l’Atomium avant que la pyrotechnie ne marque le passage à la nouvelle année sur une composition électro-pop originale.
« L’Atomium possède une architecture tellement forte que la première erreur serait de vouloir la recouvrir », explique Édouard Grégoire, directeur artistique d’ARTEVENTIA. « Il faut au contraire partir de ses lignes, de ses sphères, de ses perspectives et imaginer comment les différentes disciplines peuvent révéler le monument autrement. »
Travailler avec une architecture, pas devant elle
La différence est essentielle.
Sur un site classique, la scène peut être construite. Ici, elle existe déjà. Et elle ne ressemble à aucune autre.
Le laser permet de suivre les volumes du monument, de prolonger certaines lignes dans l’espace et parfois de faire disparaître momentanément la frontière entre l’architecture réelle et l’image. Les flammes apportent une matière plus organique, plus immédiate. La pyrotechnie travaille quant à elle la verticalité, l’ouverture et l’instant.
La difficulté consiste à réunir ces vocabulaires sans transformer la création en démonstration technique.
« Quand on utilise plusieurs disciplines autour d’un monument aussi identifiable, chacune doit trouver sa place. Le laser peut être très précis, la flamme beaucoup plus instinctive, la pyrotechnie très fugace. C’est justement leur différence qui crée l’intérêt, à condition qu’elles soient écrites comme une seule séquence. »
C’est là que le titre Fusion prend tout son sens.
Il ne s’agit pas seulement de fusionner des technologies. Il s’agit de fusionner un lieu, une musique, une attente collective et plusieurs langages scéniques autour d’un instant extrêmement précis : minuit.
Les dernières minutes de l’année comme dramaturgie
Un spectacle de réveillon possède une particularité que peu d’autres créations rencontrent : son point culminant est connu de tous à la seconde près.
Le public attend minuit.
Tout ce qui précède doit donc construire cette attente sans la résoudre trop tôt.
La montée en puissance doit être suffisamment progressive pour donner le sentiment que le temps accélère, mais suffisamment maîtrisée pour que le passage à la nouvelle année reste le véritable point de bascule.
« Le compte à rebours existe déjà dans la tête du public. On n’a pas besoin de l’inventer », poursuit Édouard Grégoire. « Notre rôle est plutôt de construire tout ce qui va permettre à ces dernières secondes de prendre une autre dimension. »
Dans cette logique, le laser 3D devient particulièrement intéressant. Il peut installer une image dans la durée, faire évoluer progressivement la perception du monument et créer une tension très différente de celle de la pyrotechnie, par nature instantanée.
Lorsque le feu entre réellement en scène à minuit, il ne part donc pas de zéro.
Il vient libérer une énergie préparée depuis plusieurs minutes.
Une création conçue pour le site
La Ville de Bruxelles annonçait pour cette édition un dispositif inédit dans le cadre de ses célébrations du Nouvel An, avec des feux tirés depuis le sol mais aussi depuis des positions élevées, associés à des lasers et à des flammes.
Ce choix permet de travailler plusieurs strates du monument et d’éviter que l’ensemble de la création ne se concentre uniquement au-dessus de l’Atomium.
Certaines images restent proches du sol et viennent ancrer le spectacle dans le site. D’autres prennent de la hauteur. Le laser relie visuellement ces différentes zones et transforme progressivement l’espace autour du monument.
Le spectacle devient alors véritablement tridimensionnel.
« Ce qui est passionnant avec l’Atomium, c’est qu’il possède déjà plusieurs profondeurs. On peut jouer devant, derrière, autour, très près de l’architecture ou beaucoup plus haut. Cela oblige à penser la composition presque comme une sculpture dans l’espace. »
Cette notion de volume fait de Fusion une référence particulièrement intéressante dans le travail de création monumentale d’ARTEVENTIA.
Le spectacle ne vient pas simplement compléter le site.
Il existe grâce à lui.
De 2025 à 2026, quelques secondes pour créer un souvenir collectif
À minuit, la technique disparaît presque instantanément derrière la symbolique du moment.
Les lasers, les flammes, les systèmes de tir, les positions en hauteur ou la programmation ne constituent plus que les éléments invisibles d’une expérience partagée par les personnes réunies autour de l’Atomium.
C’est probablement ce qui rend les grandes célébrations publiques si particulières.
Pendant quelques secondes, des milliers de personnes savent exactement pourquoi elles sont là, ce qu’elles attendent et à quel moment l’événement doit basculer.
Le spectacle n’a pas besoin d’expliquer cette émotion.
Il doit simplement lui donner une forme.
Avec Fusion, ARTEVENTIA choisit de la faire naître au cœur même de l’Atomium : dans ses lignes, ses volumes, ses reflets et le ciel qui l’entoure.
Un monument comme scène.
Plusieurs disciplines comme langage.
Et un instant unique pour passer d’une année à l’autre.