Dix ans plus tard, le même ciel, mais une autre dimension
En septembre 2016, les premières équipes internationales prenaient possession de l’Hippodrome de Compiègne sans savoir encore ce que deviendrait ce nouveau rendez-vous. Dix ans plus tard, Les Masters de Feu ont dépassé le statut de simple concours pyrotechnique pour devenir un événement à part entière, avec ses codes, son public, ses traditions et cette attente très particulière qui précède chaque nouveau tir.
Le principe, lui, n’a finalement presque pas changé : faire venir à Compiègne de véritables maisons pyrotechniques internationales, leur donner des conditions comparables et laisser chacune défendre sa propre manière d’écrire le ciel. Même durée, même budget, même thème ; le reste appartient à la sensibilité de chaque équipe. En 2026, Surex pour la Pologne, Xena Pyrotechnics pour les Pays-Bas et Pirotecnia Minhota pour le Portugal acceptent à leur tour le défi.
Ce dixième anniversaire marque également le début d’un nouveau cycle de Masters d’Argent, dont les lauréats 2026, 2027 et 2028 se retrouveront lors de la grande finale 2029 pour tenter de décrocher le Master d’Or.
« Ce qui m’intéresse depuis le début, c’est cette confrontation de regards », explique Édouard Grégoire, créateur des Masters de Feu et directeur artistique d’ARTEVENTIA. « On donne à trois équipes exactement le même point de départ et, quinze minutes plus tard, on découvre trois spectacles qui n’ont souvent presque rien en commun. C’est là que le concours devient réellement artistique. »
Le Grand Bal, un thème avant d’être une contrainte
Pour célébrer les dix ans, le thème retenu est « Le Grand Bal ».
Aux concurrents d’en proposer leur interprétation : festive, élégante, romantique, contemporaine, spectaculaire ou inattendue. Chaque création doit traduire cette idée en musique et en images, sans qu’une esthétique ou une narration particulière soit imposée. Le règlement devient alors moins une limitation qu’un point de départ commun.
Mais en 2026, le thème ne commence pas avec le premier concurrent.
ARTEVENTIA choisit de l’installer dès l’ouverture de la soirée à travers un spectacle de dix minutes imaginé par Loïc Delorieux. Hors compétition, cette création reprend volontairement les codes du thème imposé pour présenter au public l’univers du concours avant que les trois maisons internationales ne viennent, chacune à leur manière, s’en emparer.
« Je voulais que le spectacle d’ouverture fonctionne presque comme une invitation », explique Loïc Delorieux, concepteur et chef de tir chez ARTEVENTIA. « Il fallait entrer dans le Grand Bal, en comprendre immédiatement l’énergie et la dimension festive, mais sans donner une réponse définitive au thème. Les concurrents devaient ensuite pouvoir raconter leur propre histoire. »
Cette ouverture joue ainsi un rôle particulier. Elle n’est pas pensée comme un simple prologue technique ou comme un feu supplémentaire dans le programme. Elle doit installer l’atmosphère, faire basculer le public dans la soirée et préparer le terrain artistique sur lequel la compétition va ensuite se dérouler.
La présence de « Come Alive » comme musique imposée aux candidats devient elle aussi l’un des fils conducteurs de l’édition. Chacun doit intégrer cette même référence dans son spectacle et l’inscrire dans sa propre écriture. Le public peut alors mesurer très concrètement ce qui fait la singularité d’un concepteur : à partir d’un matériau commun, trois lectures totalement différentes peuvent apparaître.
Derrière le spectacle, une direction artistique et technique globale
Les Masters de Feu sont aussi un projet singulier dans l’histoire d’ARTEVENTIA parce que la maison n’y intervient pas uniquement comme créateur de spectacles.
Elle en assure également la direction artistique et la direction technique, dans une organisation portée par Masters & Events Factory.
Cela signifie penser le rythme de la soirée dans son ensemble, accueillir les équipes internationales, définir les conditions techniques communes, superviser les zones de tir, coordonner les dispositifs sonores et lumineux, organiser les transitions et garantir que chaque concurrent puisse présenter sa création dans des conditions comparables.
À l’Hippodrome, la compétition se prépare bien avant l’arrivée du public. Les installations se déploient sur plusieurs jours, les équipes étrangères prennent possession de leurs zones, les produits sont contrôlés, les systèmes de tir préparés, les bandes-son testées et les différentes séquences intégrées au déroulé général.
La responsabilité technique ne s’arrête donc jamais à la seule réussite d’un effet. Elle consiste à faire fonctionner ensemble une multitude de paramètres sans que cette complexité n’apparaisse jamais au public.
« Sur un événement comme celui-ci, la direction technique doit être totalement au service du concours », explique Édouard Grégoire. « Chaque équipe doit disposer du même cadre, des mêmes possibilités et des mêmes exigences. Notre rôle est de créer les conditions dans lesquelles les artistes peuvent défendre leur vision, tout en faisant fonctionner une soirée de plusieurs heures comme un seul spectacle. »
C’est aussi là que se croisent les responsabilités de la direction technique portée par les équipes d’ARTEVENTIA, avec Gabriel Legrand à sa tête, et celles de la direction artistique. L’une définit la réalité du terrain ; l’autre construit la lecture globale de la soirée. Aux Masters de Feu, les deux sont indissociables.
Un public qui ne se contente plus de regarder
Au fil des années, le public des Masters de Feu est lui aussi devenu une composante du format.
Les spectateurs observent, comparent, discutent, choisissent leurs favoris et participent directement au résultat grâce au Prix du public. En 2026, cette relation est encore renforcée par l’application officielle, qui rassemble programme, informations pratiques, billets et système de vote.
Pour le dixième anniversaire, la billetterie affiche complet plusieurs semaines avant la soirée. Le rendez-vous s’inscrit dans une histoire qui a déjà rassemblé plus de 120 000 spectateurs depuis 2016, selon les données communiquées par l’Office de tourisme et les organisateurs.
La fréquentation n’est cependant qu’une partie du phénomène. Ce qui frappe surtout, année après année, c’est la fidélité du public. Certains spectateurs viennent depuis les premières éditions, d’autres organisent leur déplacement plusieurs mois à l’avance, et les échanges autour du concours commencent désormais bien avant le mois de septembre.
Cette communauté participe à donner aux Masters une atmosphère très particulière : suffisamment populaire pour rester une grande soirée de divertissement, mais suffisamment avertie pour observer la musicalité, la synchronisation, les couleurs, les ruptures ou les choix de mise en scène.
Une édition anniversaire largement relayée
Les dix ans constituent également un moment de visibilité particulier pour l’événement.
Dès les mois précédant la soirée, les Masters de Feu bénéficient de relais dans la presse régionale et les médias spécialisés, mais aussi sur les plateformes consacrées aux sorties et au tourisme. La revue de presse officielle recense plusieurs publications et médias consacrés au concours, tandis que la Ville de Compiègne, l’Office de tourisme et différents médias relaient le programme de l’édition anniversaire.
L’intérêt ne porte plus seulement sur la quantité de feu tirée ou sur la dimension spectaculaire de la soirée. La compétition elle-même, les maisons invitées, le thème, les coulisses et l’évolution technologique du spectacle deviennent progressivement des sujets éditoriaux à part entière.
Cette visibilité raconte aussi le chemin parcouru en dix ans. Un événement imaginé à Compiègne en 2016 est devenu un rendez-vous identifié bien au-delà de son territoire, suivi par un public fidèle et suffisamment installé pour attirer à nouveau des maisons pyrotechniques internationales expérimentées.
Cinq spectacles, une seule soirée
À 20 h 30, l’ouverture signée ARTEVENTIA donne le premier mouvement. Puis vient le temps du concours.
Trois maisons.
Trois pays.
Trois spectacles de quinze minutes.
Trois manières de répondre au même thème.
Les créations sont présentées anonymement, l’identité des concurrents n’étant révélée qu’après les votes et les délibérations. Ce choix est fondamental dans l’esprit des Masters de Feu : le public et les jurys doivent pouvoir regarder le spectacle avant de regarder le drapeau.
Après plusieurs heures de compétition, la soirée bascule ensuite vers son dernier mouvement.
Pour les dix ans, ARTEVENTIA imagine un closing show d’une ampleur inédite dans l’histoire de l’événement, réunissant 800 drones, pyrotechnie et lumière. Mais cette création mérite un récit à elle seule. Elle fera donc l’objet d’un second Grand Moment consacré à Sky Choreography™, à son écriture et aux choix techniques qui ont permis de transformer le ciel de Compiègne en véritable espace scénique.
Car cette édition anniversaire raconte finalement deux histoires en parallèle.
Celle d’un concours qui, dix ans après sa création, continue de confronter des sensibilités venues de différents pays.
Et celle d’un événement qui n’a cessé de grandir autour de cette compétition, en faisant évoluer sa mise en scène, sa direction artistique, ses outils et sa relation au public.
Le ciel reste le même.
La manière de le raconter, elle, continue de changer.